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Les jardins collectifs nantais s’adaptent aux vagues de chaleur 

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Avant l’assiette, il y a le potager. Et cette année 2026, avec les températures exceptionnellement chaudes de l’été, beaucoup de maraîchers professionnels ont eu moins de récolte et certains ont mis la clef sous la porte. Mais qu’en est-il pour les potagers bénévoles à Nantes ? Qui sont ces urbains qui cultivent ensemble ? Comment s’adaptent-ils aux étés hors du commun ? Premier article d’une série à l’Oasis du Cens et au Potager Fresch’heure qui vous propose de mettre les mains dans la terre.

Entre canicules successives et restrictions d’eau, les potagers nantais ont souffert de la saison estivale 2026. Les bénévoles du jardin de l’Oasis du Cens et du potager Fresch’heure à Nantes nord ont été contraints de s’adapter grâce à différentes techniques.

La barre des 40°C a été dépassée. Cinq fois à Nantes cet été. Quatre canicules ont fait souffrir les plantes, fruits et légumes des potagers individuels et collectifs. Face à cette sécheresse sans précédent, les plantes ont demandé plus d’eau que d’habitude. Problème : la Loire Atlantique connaît une crise de l’eau potable depuis le 19 août dernier. En l’absence de précipitations, les stocks d’eau ne se régénèrent pas. Pour les jardiniers bénévoles, les conséquences sont visibles. 

A 20h pétantes, Abdel arrose le jardin Frecsh’eure, plus si frais sous 30°C en plein mois de septembre.
A 20h pétantes, Abdel arrose le jardin Frecsh’eure, plus si frais sous 30°C en plein mois de septembre. 

Quand l’eau vient à manquer

“De 8h à 20h, on est rationnés. On ne peut plus arroser le jardin avec l’eau de la ville”, explique Jean Robinot, la mine contrite. Ce jardinier bénévole, paysagiste de formation, s’est retrouvé dans l’incapacité d’arroser le jardin collectif de l’Oasis du Cens depuis le 19 août 2026. Ce manque d’eau se voit rapidement dans les cultures : “les légumes se développent moins bien, ça fait moins de fructification. C’est quasiment linéaire. Ils ont moitié moins d’eau, ils produisent moitié moins.” Pour l’Oasis du Cens, près de Petit Port, l’accès à l’eau se fait facilement, via un robinet branché sur secteur. Les habitants du quartier n’ont pas à pomper dans la rivière adjacente, le Cens, souvent polluée et inutilisable pour l’arrosage des plantations. 

Au potager Fresch’heure créé en 2017, plus au nord, près de l’arrêt de tramway École Centrale Audencia, l’histoire est toute autre. Yann Lescouarch, salarié de la MAAD (Maison des agricultures et de l’alimentation durable), anciennement Nantes Ville Comestible, explique les difficultés que le jardin a connu pour accéder à l’eau.

« On sollicitait des voisins d’en face qui lançaient un tuyau par-dessus le mur, pour nous aider à remplir la cuve.”

Heureusement, certains bénévoles habitent à proximité et viennent arroser le soir, à la fraîche. Mais tous espèrent que des précipitations pourront de nouveau remplir les réservoirs afin d’arroser en journée. 

Face au rationnement en eau, les potagers ont dû mettre en place des méthodes alternatives pour protéger leurs parcelles du soleil. Des systèmes déjà théorisés par la permaculture depuis de nombreuses années, comme la combinaison des cultures pour économiser les ressources.

Le paillage pour protéger les sols

Au 1 rue du Fresche Blanc, au potager Fresch’heure, deux bénévoles viennent d’arriver et s’activent autour des sols paillés. Ici ou là, ils poussent le couvert végétal pour révéler des choux, plantes aromatiques et courges. 

Du paillage autour des courgettes, des cagettes autour des fraises… Objectif : éviter l’évaporation à l’Oasis du Cens.

Cette méthode sert à protéger les cultures de la chaleur et du soleil.  La paille, le foin, les feuilles mortes permettent de garder l’humidité et de nourrir le sol. A l’Oasis du Cens comme au jardin Fresch’heure, la ville apporte le paillage selon les besoins. “On dit que ça vaut deux arrosages, on divise donc par deux notre consommation en eau” s’exclame Yann Lescouarch, conquis par la méthode. 

Un jardin sur trois niveaux

Quand Jean Robinot et les autres bénévoles de l’Oasis du Cens se projettent, ils pensent “forêt comestible et ombrage à différents niveaux”. C’est un système qu’ils commencent à mettre en place : “Il faut penser à la verticale. On plante des arbres fruitiers par exemple en haut des bandes, des arbustes en bas pour laisser passer quelques rayons du soleil. Et entre les deux, on étend des fils sur lesquels vont pousser des plantes grimpantes, qui font elles-mêmes de l’ombre aux plantes du sol.” 

Le groupe de bénévoles a aussi installé des sortes de pergolas en bois avec des plantes grimpantes. La différence de température à l’intérieur est saisissante. 

Lors des visites du patrimoine, les habitants profitent de l’ombre de la pergola pour écouter les explications.

Des adaptations sur le long terme 

A l’Oasis du Cens comme au jardin Fresch’heure, on attend avant de s’adapter. “C’est la première année aussi chaude, on va voir si ça continue dans ce sens. La ville de Nantes qui nous fournit les semis devra peut-être adapter ses propositions, pour qu’elles soient moins consommatrices en eau” s’interroge le salarié de la MAAD.

Mais si le manque d’eau se fait trop sentir, ce sont bien tous ces espaces collectifs qui sont menacés car l’usage individuel reste toujours prioritaire. 

Les gens ne réalisent pas que peut-être, demain, tu tourneras ton robinet, il n’y aura plus d’eau. Ça arrive déjà dans le sud de la France et même à Saint-Malo.”

Le choix des cultures est stratégique, encore plus dans une période de pénurie d’eau. 

Au potager Fresch’heure, le salarié se pose la question d’adapter la serre à semis, trop chaude, en serre à plantation d’agrumes, de pastèques, qui consomment moins d’eau que le melon : “c’est un projet auquel nous devrons réfléchir avec tous les bénévoles.”

Restriction d’eau oblige, Yann Lescouarch priorise l’arrosage des jeunes pousses de radis et d’épinards.

Projets collectifs, décisions politiques

A l’Oasis du Cens comme au Potager Fresch’heure, la Ville de Nantes apporte des plans, semis, paillage et un accès à l’eau. Un pas de plus vers l’autonomie alimentaire ? “La métropole est plutôt dans une politique de plantation nourricière, donc au-delà des fleurs sur les ronds-points, il y a quelques arbres fruitiers qui ont été plantés, notamment vers les facs pour que les étudiants puissent venir se servir aussi”, explique Jean Robinot, qui jardine avec sa famille à l’Oasis du Cens. Le collectif comme pierre angulaire des basculements à venir. A l’heure de l’urgence écologique,“il est temps de changer de société”. 

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